A l’époque, tu me contemplais et m’enlaçais chaque matin, tu étais fier de sortir avec moi. 
Aujourd’hui tout a changé, c’est à peine si tu me regardes. Je n’ai plus droit qu’à un rare rendez-vous avec ton patron, une fois par trimestre tout au plus. Tu as l’impression que je t’étouffe, que je te vieillis. J’ai pourtant toujours tenu mes promesses, je te rends plus sûr de toi et je te donne de l’allure. Avec moi, tu es plus beau ! 

Alors s’il te plait, porte-moi à nouveau.

Ta cravate. [1]

Que celui qui ne s’est jamais posé la question de la cravate à la veille d’un entretien nous jette la première pierre ! A l’ère des PDG multimillionnaires en jean / tee-shirt, difficile de trouver l’équation vestimentaire gagnante dans le cadre d’un recrutement. ». Avec Laurent Bauer, Directeur juridique de SFR et Marie Hombrouck, Directrice Associée chez Morgan Philips Executive Transition, nous nous sommes prêtés au jeu du « Pour ou contre ». Alors, pour ou contre la cravate en entretien ?

POUR

Vous visez un poste de cadre supérieur à haute responsabilité ? Vous avez trente ans de carrière derrière vous ? Vous travaillez dans le conseil, la banque ou la finance ? Il serait malvenu de vous rendre à un entretien en jean. Si les recruteurs recherchent véritablement des compétences, une expertise, pourquoi la cravate revêtirait-elle une si haute importance ? Tout simplement parce que le soin apporté à votre apparence délivre des messages essentiels à vos interlocuteurs ! En plus des hard skills, les entreprises sont en quête d’un savoir-être, de la compréhension des enjeux du marché et d’une culture.

Si la tenue du candidat permet de mesurer son fit avec la culture d’entreprise, elle peut aussi offrir un bon aperçu de son comportement futur. Le costume, la cravate, les chaussures, la montre… sont autant d’indices des habitudes, des valeurs et de la personnalité qui assureront ou non l’intégration du nouveau venu au sein des équipes. 
Enfin, en période de crises ou de coupes budgétaires, les salariés renouent avec la cravate. Pourquoi ? Parce qu’elle rassure ! Un homme cravaté inspire confiance, et d’autant plus lorsque les repères sont mis à mal. C’est un avocat qui, interrogé sur ce point, répondait sans une hésitation : « Avec mes clients américains, cravatte sombre et chemise blanche, toujours ; Quelle question ! »

CONTRE

Vous postulez dans une startup, dans le secteur du marketing ou de la communication ? Laissez tomber la cravate (mais jamais la chemise) ! La cravate demeure un accessoire très conventionnel, gage de stabilité. Or, certains métiers nécessitent une pensée out of the box qui semble peu compatible avec cette lourde symbolique. Les milieux créatifs, souvent jeunes, exigent des candidats qu’ils se démarquent par leur originalité. Le style vestimentaire constitue, sans surprise, un révélateur efficace dans ce contexte.

L’essentiel réside donc dans la prise d’information en amont de l’entretien. Existe-t-il des vidéos sur votre métier ? Sur l’entreprise ? Des personnes de votre entourage peuvent-elles vous apporter des précisions sur sa culture ? Chaque détail compte !

Autre élément à prendre en compte : la cravate ne constitue pas l’accessoire le plus propice à la gestion du stress. Si vous vous sentez particulièrement nerveux, mieux vaut l’abandonner que d’étouffer ou de la triturer tout au long de l’entretien.

Enfin, si vous n’êtes pas expert en matière de nœuds de cravate, passez votre tour. La cravate est parfaite ou n’est pas. Le compromis n’existe pas dans cet art ancestral !
Tous est affaire de circonstances. Ainsi ce directeur marketing qui au début des années 2000 avait rangé sa cravate et s’empressait de la remettre après l’éclatement de la bulle Internet pour souligner alors son attachement à « l’ancienne économie » ;

En somme, mieux vaut être trop habillé que pas assez si l’objectif est de prouver sa fiabilité et son sérieux, mais la cravate doit alors être irréprochable. Si vous postulez dans une PME et que vous hésitez, soyez très vigilant avant de laisser votre cravate au placard ! Votre cravate, sous réserrve d’un choix malheureux ou d’une tache de café, ne choquera personne, votre col ouvert peut laisser planer des incertitudes que la qualité de vos réponses et l’évidence de votre intelligence ne balaieront jamais totalement. Et si votre candidature est retenue, cols et cravates vivront une autre vie, vous déciderez en prenant en compte l’univers qui vous entoure.